lundi 25 décembre 2017

Livre second







La Vertu




38.


Le sage n'a pas d'admiration pour lui-même parce qu'il est sage. Les autres hommes se disent sages sans l'être. Le sage ne pense pas à la sagesse, les autres hommes font tout pour paraître sages.

Les hommes d'une grande humanité le sont naturellement. Les hommes justes le sont sans le vouloir. Les hommes qui n'ont que leur éducation comme vertu finissent toujours par user de violence pour imposer aux autres leurs principes.

C'est pourquoi, quand on a perdu la Conscience du Tao, on fait comme si on était sage, comme si on était humain, comme si on était vertueux, juste et poli. L'urbanité n'est souvent qu'une apparence qui remplace la droiture et la sincérité, c'est là une des sources de la confusion.

Les connaissances apprises et l'intelligence ne sont pour le Tao que des fleurs sans parfum. Elles sont souvent source d'erreurs. C'est pourquoi le sage puise au puits du Tao sans s'arrêter aux apparences. Il contemple le fruit plutôt que la fleur. Il ignore l'une et cueille l'autre.


39.


En harmonie avec le Tao le ciel est vaste et pur, le terre est stable et fertile, les esprits sont transcendants, les vallées sont riches en eaux, les êtres prospèrent ensembles, satisfaits de ce qu'ils sont, ne cessant de se multiplier, se renouvelant sans cesse, les princes et les rois sont des modèles. Voilà ce que produit l'Unité.

Si le ciel perdait sa pureté il s'évaporerait, si la terre perdait sa stabilité elle s'écroulerait, si les esprits perdaient leur transcendance ils s'anéantiraient, si les vallées ne se remplissaient plus, elles se dessécheraient, si les êtres ne se reproduisaient plus, ils s'éteindraient, si les princes et les rois s'enorgueillissaient de leur noblesse et n'étaient plus des modèles, ils seraient renversés.

C'est pourquoi la noblesse regarde le peuple comme son berceau et l'humilité comme son premier fondement. Ce qui est grand a pour base ce qui est infime. C'est pourquoi les souverains se nomment-ils eux-mêmes orphelins, hommes sans valeur et de peu de mérite. Ils manifestent ainsi leur compréhension de l'ordre profond des choses.

L'honneur suprême est en dehors des honneurs. Le sage ne cherche ni a briller comme le jade, ni a être rejeté comme un caillou, il vit au-dessus de l'estime et du mépris.


40.


Le non-être est le mouvement du Tao. Le Tao se sert le plus souvent de sa subtilité. Toutes les choses du monde sont nées de l'être et l'être est né du non-être, le Tao.


41.


Quand un esprit sage rencontre le tao, il le suit avec zèle. Quand un esprit moyen rencontre La Voie il n'y montre aucune constance. Quand un esprit superficiel entend parler de La Voie, il la tourne en dérision. S'il n'en n'était pas ainsi La Voie ne serait pas La Voie.

Les anciens nous enseignent que la Voie lumineuse semble sombre. Celui qui est avancé dans le Tao semble simple d'Esprit. Le sage ressemble à un homme banal, il est comme une vallée ; il n'y a rien qu'il ne puisse contenir. L’opprobre coule sur lui sans l'atteindre.

Le sage cache ses mérites, semble ne pas en avoir. L'homme d'une vertu solide semble paresseux. L'homme simple et vrai semble sans charmes comparé à ceux pourvus d'apparats précieux.

On ne peut voir les limites d'un espace trop grand. Le trop grand vase est impossible à modeler. La musique céleste est au-delà des sons. Le Tao est caché. Il n'a pas de nom Il est et il n'est pas. Mais c'est lui qui maintient le monde. Il en est le sens.


42.


Le Tao fit le un, le Un engendra le deux, deux donna naissance au trois et le trois aux êtres vivants. Tous les êtres tournent le dos au calme, ils cherchent le mouvement. Le souffle produit l'harmonie. Ce qui est humble, sans valeur ni mérites a tout créé et pourtant les hommes détestent ce qui est humble, sans valeur ni mérites mais les rois se disent ainsi eux-même ! Les rois se disent ainsi car celui qui se rabaisse s'élève et celui qui veut s'élever se rabaisse.

Les hommes enseignent à devenir fort, j'enseigne la vertu de la faiblesse. Les hommes violents n'ont pas une bonne mort. Je suis celui qui sonne aux oreilles des Consciences pour appeler à La Voie.


43.


Les choses les plus fluides renversent les choses les plus dures. Le non-être* traverse ce qui est sans interstices montrant ainsi l'utilité du non-agir. Dans le monde très peu d'hommes savent enseigner sans parler et faire sans agir.

* C'est-à-dire le Tao. Le Tao est le non-être car pour être il faut être né et le Tao n'est jamais né.


44.


Notre personne vaut plus que notre gloire et notre richesse. Que vaut-il mieux, les acquérir ou les perdre ? Celui qui a de grands désirs devra consentir aux plus grands sacrifices. Plus vous possédez et plus vous avez à perdre. Celui qui n'a que peu de désirs est à l'abri du déshonneur. Celui ne veut pas s'élever ne tombe jamais.


45.


Quand le maître est parfait il semble plein d'imperfections, ainsi il reste dans le Tao*. Il est grandement plein, et il semble vide ; ainsi il reste dans le Tao. Sa grande franchise paraît fausse au plus grand nombre. Sa grande éloquence ne persuade personne. Le mouvement triomphe du froid ; le repos triomphe de l'ardeur. C'est dans le calme et la sérénité que réside le bonheur, car la quiétude et l'immobilité règlent le monde. Ainsi est-il.

*Dans la paix-intérieure, la béatitude.


46.


Lorsque le Tao régnait dans le monde les chevaux de guerre étaient aux champs. Depuis que le Tao ne règne plus dans le monde, les chevaux de guerre se reproduisent aux frontières et les champs restent en friche.

Il n'y a pas de plus grande erreur que d'écouter ses désirs. Il n'y a pas de plus grande misère que de ne pas savoir se contenter. Il n'y a pas de plus grand fléau que l'envie de possessions. Celui qui sait se satisfaire est toujours content de son sort.


47.


Sans sortir de chez-moi je connais l'univers, sans regarder par ma fenêtre je vois les chemins du ciel. Plus on cherche dans le monde moins on apprend l'essentiel et plus on quitte la Connaissance non-apprise du Tao. C'est pourquoi le sage touche au but sans marcher ; il sait sans apprendre et fait de grandes choses dans le non-agir*.

* Encore une fois le non-agir est l'action faite dans le vrai détachement. Sur La Voie nous ajoutons que c'est le fait d'agir tout en pratiquant la Méditation « portable » (la technique dite du Saint-Nom) ce qui est un des trois pieds de sa pratique.


48.


Celui qui étudie sans cesse pour augmenter son savoir voit grandir sa vanité. Celui qui se livre au Tao la voit chaque jour diminuer jusqu'au jour où il cesse d'agir. Dès qu'il pratique le non-agir, il n'est rien qu'il ne puisse accomplir. La maîtrise* revient à qui reste au-dessus de l'action. Celui qui lutte pour gagner la maîtrise ne l'obtient jamais.

* J'ai remplacé le mot « empire » par le mot maîtrise car l'empire dont il est ici question est l'empire sur soi, sur ses désirs, ses pulsions, ses pensées. Dans le yogasûtra on parle de « Samyama ».


49.


Le sage n'est pas attaché à ses concepts, il règle sa Conscience sur le Tao. Il traite tout le monde de la même manière, comme s'il était méritant, le vertueux comme celui qui ne l'est pas. C'est ainsi que fait un homme vertueux. Il fait de même pour l'homme sincère et pour celui qui ne l'est pas : il les traite tous comme comme s'ils étaient sincères. C'est ainsi que fait un homme sincère.

Le sage vit dans ce monde mais ne traite pas les hommes selon leurs consciences mais en suivant la sienne. Les hommes le considèrent avec étonnement, ils attachent sur lui leurs oreilles et leurs yeux. Le sage a le regard d'un petit enfant*.

* C'est-à-dire spontané, simple, naturel, sans idées préconçues.


50.


L'homme sort de la vie pour entrer dans la mort et de la mort pour entrer dans la vie. Il y a treize causes* qui mènent à la vie spirituelle comme il y a treize causes contraires pour rester dans l'illusion.

A peine l'homme est-il né que ces causes contraires l'entraînent et le gardent dans la dualité et l'aveuglement. Pourquoi en est-il ainsi ? C'est qu'il a trop de désirs et d'ambitions.

Celui qui reste en son centre ne craint pas de voir sur sa route ni le rhinocéros, ni le tigre. S'il rencontre des hommes en armes il n'a besoin ni de cuirasse, ni d'armes. Le rhinocéros ne saurait le blesser de sa corne ni le tigre le déchirer de ses griffes pas plus que le soldat le percer de son glaive. Pourquoi ? Parce que détaché il est à l'abri de la mort !

* La disponibilité (ou le vide de concepts) , l'attachement au non-être, la pureté, la quiétude, l'amour de l'obscurité (ou discrétion) , la pauvreté, la douceur, la faiblesse, l'humilité, le dépouillement, la modestie, la souplesse, l'économie. Les treize raisons contraires sont : se croire plein, arrivé , l'attachement aux êtres, l'impureté, l'agitation, le désir de briller, la richesse, la dureté, la force, la fierté, l'excès de l'opulence, la hauteur, l'inflexibilité, la prodigalité.


51.


Le Tao crée les êtres, sa Vertu* les garde en vie. Le Tao et sa vertu leur donnent forme en les incarnant et les pousse sur La Voie du Tao par une secrète impulsion**. C'est pourquoi tous les êtres révèrent le Tao et honorent sa Vertu.

Personne n'en n'a décidé ainsi ; faisant cela, les êtres obéissent simplement à leur programmation. C'est pour qu'ils fassent ça que le Tao crée les êtres, les garde en vie, les fait croître, devenir meilleurs et les guide toute leur existence. Il les crée sans se les approprier ; il les fait sans en tirer profit ni gloire, il règne sur eux, et les laisse libres comme le soleil règne au milieu du ciel. C'est la vertu de toutes les vertus.

* La vertu dont il s'agit ici n'est pas une vertu morale mais la manifestation du Tao qu'il y a en chaque être, sur La Voie nous disons « Saint-Nom » ou « Verbe ». Comme on dit que la vertu de l'eau est de mouiller, de satisfaire la soif, de faire pousser les plantes, comme on dit que la vertu du feux est de brûler, de cuire et de chauffer, la vertu du Tao est de donner la vie, comme de la garder (entres autres vertus).
** Ou impulsion. La voie du Tao est la voie de la Libération, de L'Unité. La secrète impulsion, ou volonté agissante est comme une force qui pousse, de l'intérieur, les êtres vers le Tao ou la Libération.


52.


Le Tao est devenu la mère du monde. Dès qu'on connaît la mère, on connaît ses enfants. Celui qui connaît les enfants et qui garde un lien avec la mère, vivra longtemps, en toute sérénité. S'il ferme sa bouche, s'il ferme ses oreilles et ses yeux, jusqu'au terme de ses jours, il restera vivant en toute Conscience*.

Mais s'il ne se tourne que vers le dehors et ne voit plus que ses désirs, celui-là ne pourra être sauvé. Celui qui voit les choses subtiles est éclairé; celui qui reste humble est fort de la Grâce. S'il pratique La Voie et revient à Sa Lumière, il n'aura plus de craintes. C'est ce qui s’appelle cultiver le Tao**.

* Cette phrase nous renvoie aux trois singes de la sagesse, ceux dont les oreilles, pour l'un, les yeux, pour l'autre, et le nez et la bouche, pour le dernier renvoient aux techniques secrètes de Méditation de La Voie qui ont à voir avec la Musique-intérieure, la Lumière-intérieure et le Saint-Nom ou vertu du Tao (sans compter le Nectar). Les initiés à La Voie comprendront. Cette phrase signifie que ceux qui pratiqueront régulièrement la Méditation, selon les quatre techniques de La Voie, vivront longtemps en pleine Conscience.
** Ou être doublement éclairé : une fois par la compréhension, une autre par la vision de la Lumière-intérieure.


53.


Si j'étais appelé à de hautes fonctions, voici ce que j'enseignerais : la vrai voie est simple mais les hommes aiment divaguer sur des chemins de traverse, sur des raccourcis qui ne sont que des impasses.

Devant vous se dresse un superbe palais mais ce n'est qu'une illusion : regardez tout autours, les champs sont en friche, les greniers sont vides. La richesse des princes se fait au détriment du peuple. C'est ce qu'on appelle voler et en être fier. Ceci est très éloigné du Tao.


54.


Celui qui est bien planté dans la pratique du tao ne pourra en être arraché. Sa réalisation accomplie son nom sera honoré de génération en génération. Si l'homme cultive le Tao*, sa vertu deviendra vraie**. S'il le cultive en famille, elle grandira. Si tout le village le cultive à son tour elle sera encore plus grande et si le royaume le cultive elle augmentera encore. Si tout le monde le cultive, la vertu du Tao deviendra omniprésente.

C'est en les comparant à lui-même que l'individu considère les autres et que la famille juge les autres familles. C'est aussi en fonction de lui-même que le village considère les autres villages, et le royaume les autres royaumes. Dans le multiple le sage voit l'Unité.

* Cultive le Tao, c'est-à-dire pratique avec assiduité La Voie, les différentes pratiques dont elle est faite. Toute voie spirituelle est faite de différentes pratiques qui, réunies, se nomment Sadhàna (en Inde). Sur La Voie, aujourd'hui, on dit l'agya.
** Pour ce qui est de sa vertu, encore une fois il ne s'agit pas de qualités morale mais de la vertu du Tao, c'est la vertu du Tao qui deviendra vraie pour celui qui pratique assidûment. La Vertu du Tao sont ses bienfaits : la paix-intérieure par exemple. Sur la voie nous disons « Saint-Nom ».


55.


Celui, pour qui la vertu du Tao est solidement installée, est comme un nouveau-né qui n'a pas peur de la piqûre des animaux venimeux, ni des griffes des bêtes féroces, ni des serres des oiseaux de proie.

Ses os sont faibles, ses nerfs sont fragiles pourtant quelle force ont ses petites mains !
Il ne connaît pas encore l'amour charnel pourtant sa virilité se manifeste déjà. Il crie tout le jour et sa voix reste claire tant il est dans l'harmonie.

Connaître l'harmonie c'est connaître le Tao. Connaître l'harmonie c'est connaître la Lumière. Abuser des plaisirs de la vie est néfaste. Être fort c'est se dominer par le souffle. Trop d'énergie dépensée nous éloigne du Tao. Dès lors, la fin est proche.


56.


L'homme qui connaît le Tao ne peut en parler, celui qui ne le connaît pas en parle savamment. Celui qui connaît le Tao ferme sa bouche, ses oreilles et ses yeux*, il reste dans le non-agir, il se dégage de tous liens, voile l'éclat dont il rayonne, il ressemble à tout le monde. Il est semblable au Tao. Il prend également l'amitié et l’inimitié, le mal et le bien, le profit et la perte, les honneurs et l’anonymat. Il est arrivé au détachement suprême par La Voie.

* Là encore un « clin d’œil » aux singes de la sagesse et aux quatre techniques secrète de Lao-Tse. Ces techniques sont révélées encore aujourd'hui sur La Voie actuelle. Les initiés à ces techniques voient de quoi il s'agit. Fermer sa bouche c'est pratiquer les techniques du Nectar et du Saint-Nom, s'il ferme ses oreilles c'est pour pratiquer la technique de la Musique, c'est-à-dire écouter la Musique-intérieure, s'il ferme ses yeux c'est pour voir et regarder la Lumière-intérieure.


57.


Avec l’honnêteté on gouverne un pays, avec la ruse on fait la guerre ; avec le non-agir, on devient le maître de l'empire*. Comment je sais qu'il en est ainsi de l'empire ? En considérant ceci : plus il y a d'interdits, plus le peuple s'appauvrit. Plus il y a d'armes et plus le pays est dans le désordre. Plus les hommes sont ingénieux et habiles, plus leurs inventions deviennent néfastes. Plus nombreux sont les décrets et les lois, plus les malfaiteurs et les bandits pullulent.

C'est pourquoi le sage dit : je reste dans le non-agir et le peuple s’amende de lui-même. Je demeure dans la paix-intérieure et le peuple s'améliore. Je ne cherche aucun profit et le peuple s'enrichit. Je me dégage de tous désirs, et le peuple retrouve les bienfaits d'une vie simple**.

* Croyez-vous que Lao-Tse parlait du monde ou de cet empire sur soi que la pratique du tao amène au disciple ? Il parlait toujours des deux sens, celui mondain de l'empire en tant que pays gouverné par un empereur et il parlait aussi de la maîtrise de soi du yoga, dont il est question dans le Yogasûtra (Samyama). Souvenez-vous que l'enseignement de Lao-Tse ne séparait pas les deux faces d'une paire.
** Il est ici question de la vertu de l'exemple, fruit du non-agir.


58.


Lorsque l'administration est simple ; le peuple est honnête et prospère. Lorsque l'administration est soupçonneuse le peuple est roué et mesquin. Le bonheur prend racine dans le malheur, le malheur est caché au milieu du bonheur. Qui peut prévoir l'avenir ? Si le prince n'est pas droit, les autres imiteront son exemple. Cela fait longtemps que les Hommes sont aveuglés et sans droiture ! C'est pourquoi le sage admoneste sans blesser ; conseille sans vexer, redresse sans contraindre. Il éclaire sans éblouir.


59.


Rien de mieux que la sobriété quand on veut gouverner les hommes tout en servant le ciel. La modération doit être la priorité de l'homme. Quand elle est devenue sa priorité la vertu, en lui, devient grande*. Alors tout lui devient possible.

Personne ne connaît ses limites. Quand il n'a plus de limites, celui qui cultive le Tao peut connaître le Royaume**. Celui qui a dans sa vie la mère du royaume restera longtemps dans la joie. Il aura des racines profondes et une tige solide. Voilà comment vivre longuement dans la joie.

* La vertu en lui, c'est-à-dire les effets du Tao. La vertu n'est sans doute pas ici la qualité morale mais bien le « bénéfice » spirituel tiré de sa modération ou modestie des besoins et désirs. Une des vertus du Tao est la paix-intérieur, la Grâce et sa Guidance.
** De quel Royaume s'agit-il ? Les traducteurs prêtent souvent une pensée confucéenne à Lao-Tse, ainsi les mots royaume et empire sont-ils pris en tant que territoires et toute la phrase est traduite en ce sens, à partir de ce parti-pris. Mais Lao-Tse était un mystique et souvent le mot empire signifiait « empire-sur-soi » c'est-à-dire, dans le vocabulaire du yoga de Patanjali, « Samyama » et le mot Royaume désignait la Béatitude du Tao. Le Christ parlait aussi de ce Royaume qui était, disait-il, à l'intérieur de soi. Cet autre parti-pris change d'autant le sens de la phrase. La phrase suivante, où il est question de « la-mère du Royaume » conforte cette vision car qu'est-ce que la mère du Royaume, sinon le Tao ? Ceux qui traduisent empire et royaume comme des territoires, traduisent « mère du royaume » comme l'économie. Vous voyez à quel point les traductions peuvent varier selon le point de vue du traducteur ! Donc, selon eux, Lao-Tse aurait été libéral ?


60.


On gouverne un état comme on cuit un petit poisson, avec précaution. Lorsque le prince dirige l'empire par le Tao, les mauvais-esprits sont désarmés. Ce n'est pas que les mauvais-esprits* soient sans force, c'est qu'ils ne peuvent atteindre les hommes**. Ce n'est point que les esprits soient incapables de blesser, c'est que le sage reste doux, ne blessant personne. Il soumet les esprits afin qu'ensembles ils ne se nuisent pas. Cet état de chose est une manifestation de la vertu du Tao*** dans le monde.

* Les mauvais-esprits n'existent pas, bien sûr mais quand l'Homme est dans la confusion, dans ce que l'on nomme, sur La Voie, le « faux-ego » il peut aller jusqu'à se comporter de telle façon qu'une personne extérieure peut tout-à-fait penser qu'il est sous l'emprise de démons.
** Lao-Tse et Confucius étaient contemporains et Lao-Tse s'exprimait comme le Christ, par paraboles pour dire autre chose, ainsi cet exemple de « gouverner un état avec précaution, comme on cuit un petit poisson », sans le vider ni l'écailler afin de désarmer les esprits est une allégorie de la Maîtrise que l'homme doit garder, par la douceur, sur son mental afin qu'il ne se fasse pas mauvais esprit. Un mauvais esprit est un mental sans maître, un mental plongé dans l'ignorance, dans la confusion.
*** La puissance du Tao, ses effets. .


61.


Un grand royaume doit être comme un plaine où toutes les eaux arrivent. Le rôle de la femelle, dans le monde, est comme cette plaine : en restant passive elle prend le pas sur le mâle. Cette passivité* est la force de la femelle. En restant en repos, elle triomphe constamment du mâle.

Si un grand royaume se montre modeste devant les petits, il les gagnera à sa cause. Si les petits royaumes se montrent modestes face au grand royaume, ils gagneront sa protection. C'est pourquoi les uns se montrent humbles pour recevoir, les autres pour être reçus.

Ce que veut le grand royaume, c'est de réunir et de gouverner les autres. Ce que désire uniquement un petit royaume, c'est d'être admis aux côtés des plus grands princes. Ainsi tous obtiennent ce qu'ils désiraient. Mais les grands doivent se montrer humbles !

* Passivité, soumission, repos, détachement sont ici des notions positives. La plaine est plus basse que les montagnes et pourtant c'est elle qui récolte toute l'eau du monde.


62.


Le Tao est l'origine de tous les êtres ; le trésor de l'homme vertueux* et le refuge de celui qui ne l'est pas. Les paroles justes** sont profitables, les actes justes élèvent. Il ne faut pas repousser celui qui n'est pas vertueux. C'est pour réformer les hommes sans vertu qu'on avait établi un empereur sage et institué trois ministres.

Le jour où l'empereur est intronisé, avec les trois dignitaires qui seront ses ministres, quelle est la plus précieuse des offrandes ? Les bijoux de jade, pour en parer ses mains ? Les quadriges de chevaux pour ses cortèges ? Ou le tao que le Sage lui propose ?

Pourquoi les anciens respectaient-ils autant le tao ? C'est parce qu'il est la réponse du chercheur et le rachat de celui qui a failli. C'est pour cela que le tao est le plus grand trésor du monde***.

* Pour le maître Lao-Tse le vertueux ou celui qui a la vertu désigne celui qui va sur La Voie (ou tao), c'est-à- dire qui pratique l'enseignement du maître pour venir au Tao.
** Les paroles de vérité (le Satsang pour La Voie) sont profitables en ce sens qu'elles éclairent ceux qui les reçoivent avec de l'entendement.
*** Ici le tao est La Voie, c'est-à-dire la pratique spirituelle qui vise à faire que l'on retrouve la conscience du Tao, l'Unité.


63.


Le sage pratique le non-agir* et savoure ce qui est sans saveur**. Il regarde toutes choses, grandes ou petites, nombreuses ou rares avec le même regard. Il répond aux injures par le détachement, la sérénité.
Il fait ce qui est difficile en commençant par le plus simple. Les choses les plus compliquées ont nécessairement commencé par être simples : toutes choses prennent leurs origines dans ce qui est simple***, le Tao.

C'est la raison qui fait que le sage ne cherche pas à accomplir de grandes choses et que finalement il en accomplis. Celui qui promet à la légère ne tient que très rarement ses engagements. Celui qui trouve tout facile**** rencontre de nombreux obstacles. Le sage trouve tout d'une égale difficulté, ainsi fait-il tout sans peine.

* Pour La Voie d’aujourd’hui on aurait écrit : « Le sage pratique le Service », puisque le non-agir est le Service (un des trois piliers de la pratique), cette méditation dans l'action.
** Ce qui est sans saveurs, sans couleurs, sans formes est le Tao. Savourer le Tao se rapporte encore au non-agir, au lâcher-prise méditatif.
** Simple signifie unique, dans le sens du contraire de pluriel. L'unité avant le compliqué, avant le pluriel. Le Tao est l'Unité, le simple. Beaucoup de traductions parlent de facile, aisé.
**** Celui qui trouve tout simple est vaniteux et présume que ses forces sont grandes, aussi considère-t-il tout comme facile, à priori, mais la réalité le met en échec. Le sage, dans le non-agir, envisage toutes choses à faire d'égale manière : pensant au non-agir il trouve tout facile.


64.

Le calme déjà installé est facile à garder ; ce qui n'est pas encore arrivé est facile à éviter; ce qui est fragile est facile à briser ; ce qui est léger est facile à disperser. Ne laissez pas le mal s'installer ; prévenez le désordre avant qu'il n'éclate.

Un arbre géant est né d'une racine aussi fine qu'un cheveu ; une tour de neuf étages est sortie d'une poignée de terre ; un long voyage commence à la pointe de son pied. Celui qui agit selon sa volonté échoue ; celui qui s'attache à une chose la perd.

De là vient que le sage n'agit que dans le non-agir, c'est pourquoi il n'échoue point. Il ne s'attache à rien, c'est pourquoi il ne perd rien. Lorsque le peuple fait les choses, quand elles sont sur le point de réussir, il se relâche et échoue toujours.

Soyez concentré du début à la fin et vous n'échouerez jamais. Le sage a comme désir de ne point en avoir. Il n'accorde pas de valeur aux bien difficiles à gagner. Il apprend sans apprendre*, il se préserve ainsi des erreurs des autres. Il laisse à chacun son libre-arbitre, la possibilité de suivre sa propre volonté.

* La Connaissance qu'il vise n'est pas une de ces connaissances que l'on peut apprendre mais la connaissance venue de l'intérieur à force de pratiquer avec assiduité la vertu du Tao


65.


Dans l'Antiquité, ceux qui excellaient au Tao ne s'en servaient pas pour instruire le peuple de vaines connaissances mais pour le rendre simple. Enseigner le Tao au peuple est trop difficile car il est trop méfiant. Celui qui gouverne dans la simplicité fait le bonheur du royaume.

Celui qui gouverne selon ce principe possède la vertu suprême, il a, pour le guider, le modèle des modèles. Cette vertu* est profonde, immense, différente de celle des créatures. Par elle on parvient à une paix complète. 

* La "vertu du Tao" ou ses propriétés, sur La Voie nous disons beaucoup "Saint-Nom"


66.


Pourquoi les fleuves et les mers sont-ils les empereurs des eaux ? Parce qu'ils se tiennent en dessous. C'est pour cela qu'ils peuvent être les empereurs de toutes les eaux. Étant en dessous ils reçoivent toutes les eaux du dessus !

Aussi lorsque le sage souhaite éclairer le peuple il doit se tenir en dessous de lui. S'il veut le guider il doit se considérer comme le dernier de tous, de là vient que le sage est considéré comme le premier, qu'il n’opprimera personne et que personne ne sera abaissé. Aussi tout l'empire aime à le mettre en avant et ne s'en lasse point. Comme il ne revendique pas le premier rang, il n'y a personne qui puisse le lui disputer.


67.


Tout le monde dit que grande est La Voie que j'enseigne mais que je ressemble à un homme borné. C'est justement parce que grande est La Voie que je suis borné*. Quant à ceux qu'on appelle éclairés, leur médiocrité est connue depuis longtemps !

Il y a trois trésors que je garde en moi : Le premier est l'amour, le deuxième est la frugalité ; la troisième est l'humilité qui m'empêche de vouloir être le premier de l'empire. Par l'amour je peux sembler courageux**. Je suis sobre, c'est ainsi que j'ai les moyens de dépenser. Je me place en dernier c'est pourquoi je peux enseigner aux hommes.

Maintenant on délaisse l'amour pour faire montre de courage, on délaisse la sobriété pour dépenser sans compter, on se croit le premier quand on est le dernier. Voilà ce qui conduit à une mort violente. Si l'on combat par amour l'on sort toujours vainqueur et la ville qu'on défend devient inexpugnable. Le ciel secourt l'homme empli d'amour, le rend invulnérable lui faisant un bouclier de sa Grâce.

* Borné : « qui a des bornes » et les bornes d'un sage, sur La Voie, sont les limites que les ascèses de sa pratique lui donnent. Ces limites, loin de l'emprisonner le libèrent de lui-même.
** L'amour dont il est question ici est celui dispensé par la vertu (les “propriétés” ) du Tao. Celui qui vit cet amour ne se bat contre personne et personne ne se bat contre lui, c'est ainsi qu'il semble courageux, n'ayant pas d'ennemis.


68.


Le meilleur général n'est pas un va-t'en-guerre. Un bon combattant n'est pas guidé par la colère ni la haine. Il est vainqueur sans combattre. Un meneur d'hommes se montre humble et ceux qui le suivent le font par amour. C'est ainsi quand on a la vertu du non-agir*. C'est la force d'un seigneur de paix ayant l'art de conduire les hommes. C'est vivre avec l'harmonie qui régit la nature. Celui qui gagne contre lui-même** est le vrai triomphateur.

* La vertu du non-agir, c'est-à-dire les effets, sur nous, de la pratique du non-agir. Encore une fois, le mot vertu est à prendre avec le sens de : « pouvoir de produire un certain effet »
** Le soi même dont il est question ici est le « faux soi », l'image que l'on a de soi.


69.


Un grand guerrier des temps anciens a dit : je ne porte pas le premier coup, je préfère attende celui de l'ennemi. Je préfère reculer d'un pas que d'avancer d'un pouce. Ainsi on vainc sans se battre. C'est ne pas avoir d'orgueilleuse ambition, d'ennemis à poursuivre ni d'armes à saisir. Il n'y a pire désastre que de sous-estimer l'ennemi. C'est perdre son humanité.

S'il faut engager la bataille, les forces étant égales, le vainqueur sera celui qui n'avait pas souhaité se battre. Il vaincra par des armes invisibles. Son triomphe sera plus grand qu'il témoignera de sa victoire sur lui-même.


70.


Mon enseignement est facile à comprendre et à pratiquer. Pourtant peu cherchent à le comprendre et à le pratiquer. Mon enseignement a de profondes racines, mes actes ont une règle ancienne*.

Les hommes ne comprennent pas, c'est pourquoi ils ne prêtent aucune attention à mon enseignement. Rares sont ceux qui m'entendent et privilégiés sont ceux qui me suivent. C'est pourquoi le Sage, sous son apparence banale, cache un véritable trésor, Un trésor de jade.

* Cette règle ancienne est celle qui guide le sage, en l’occurrence Lao-Tse, sur la voie spirituelle où il allait. Cette voie est le tao (avec un « t » minuscule) n'oubliez-pas que le mot tao signifie voie. Il s'agit de l'agya, la pratique de La Voie. En Inde cette « règle ancienne » serait la Sadhàna. Sur La Voie d'aujourd'hui nous disons « l'agya ».



71.


Savoir et se rendre compte que l'on ne sait pas grand chose, voilà l'humilité de celui qui sait. Ne pas savoir et croire que l'on sait, voilà une maladie commune chez les Hommes. Si vous ne vous ne vous rendez pas compte que vous souffrez de cette maladie, comment pourriez-vous en guérir ? Le Sage est conscient des difficultés et de ses erreurs. Ainsi il peut continuer de progresser, restant dans la sérénité.


72.


Lorsque les Hommes ne craignent pas ce qu'ils devraient craindre, alors arrive ce qui est grandement à craindre. Ne soyez pas insatisfait de votre séjour, ne vous dégoûtez pas de votre sort. Je ne me dégoûte point du mien, c'est pourquoi il ne m'inspire point de dégoût.

Le sage se contente de sa vie, il ne se vante pas. C'est pourquoi en tout il peut faire librement son choix et c'est dans la profondeur et non dans l'extérieur qu'il puise sa Connaissance*. C'est dans le dedans et non dans le dehors qu'il puise son amour.

* Cette Connaissance est la Connaissance non-apprise, celle qui vient de l'intérieur à force de pratiquer le tao. C'est la vertu du Tao qui porte en elle cette Connaissance révélée.


73.


Celui qui met son courage à oser, trouve la mort. Celui qui met son courage à ne pas oser, trouve la vie. De ces deux choses, l'une est bonne, l'autre mauvaise. Qui peut comprendre les voies du ciel ?

C'est pourquoi le Sage ne prend pas parti. Telle est la voie du ciel. Le ciel gagne sans même se battre. Il ne parle point et tous les êtres lui obéissent. Il ne les appelle pas et ils viennent d'eux-mêmes. Il paraît lent mais personne n'échappe à ses filets.


74.


Quand le peuple ne craint pas la mort pourquoi le menacer de mort ? Mais s'il craint la mort, et que quelqu'un fasse le mal, je puis le saisir et le tuer, alors peu voudront suivre son exemple. Il existe un juge suprême maître de la vie et de la mort. Celui qui voudrait se substituer à ce juge suprême, pour infliger la mort, ressemble au maladroit qui voudrait refaire son toit sans l'aide d'un charpentier. Lorsqu'on veut tailler le bois à la place d'un charpentier, il est rare qu'on ne se blesse pas les mains.


75.


Le peuple a faim parce que ses princes le chargent d'impôts. C'est pourquoi il a faim. Le peuple murmure et s'agite parce que ses princes le harcèlent. C'est pourquoi il s'agite. Le peuple n'a pas peur de mourir quand sa vie est pénible. Et c'est pourquoi il gronde prêt à tout. Voilà pourquoi il méprise la mort. Seul celui qui n'est pas réduit à lutter pour survivre peut apprécier sagement la vie. Le Sage ne vit pas que pour vivre, ainsi il peut apprécier la valeur de la vie.


76.


Quand l'homme vient de naître, il est souple et faible ; quand il meurt, il est raide et fort. Quand les arbres et les plantes naissent, ils sont souples et tendres ; quand ils meurent, ils sont raides et secs. La raideur et la force sont les compagnes de la mort; la souplesse et la faiblesse sont celles de la vie.

C'est pourquoi, une armée forte ne remporte pas la victoire. Lorsqu'un arbre est devenu fort, on l'abat. Ce qui est fort et grand vient en dernier ; ce qui est souple et faible vient en premier.


77.


La voie du ciel peut être comparée à un arc que l'on tend. Le haut est tiré vers le bas. Le bas est tiré vers le haut. Si la corde est trop longue, on la raccourcie, si elle est trop courte, on la rallonge. La voie du ciel* prend à celui qui a trop pour donner à celui qui n'a pas assez.

La voie des humains est différente. Ils prennent à celui qui n'a pas assez pour donner à celui qui a déjà trop. Qui sait se séparer du superflu pour en faire don aux autres ? C'est celui qui va avec le tao, la voie du ciel. Ainsi le Sage œuvre sans vouloir être reconnu. Il accomplit ce qu'il doit accomplir** sans en tirer gloire et il cache sa sagesse comme on cache un trésor.

* Sur La Voie, aujourd'hui, on parle de la Grâce, de Sa Guidance. On parle aussi de la Lilà de Dieu (concept hindouiste), qui est le jeu qu'il joue avec ses créatures on parle aussi du tao ou de La Voie qui est la pratique spirituelle.
** Sur La Voie aujourd'hui, on parle de dharma (devoir sacré en Inde).


78.


Dans ce monde, rien n'est plus fluide et plus faible que l'eau et pourtant, l'eau attaque et emporte ce qui est dur et puissant. Dans la lutte éternelle entre l'eau et le roc, c'est toujours l'eau qui gagne. Rien ne lui résiste et rien ne peut la vaincre. Car la faiblesse a raison de la force, et la souplesse s'impose à la dureté.

Tout le monde sait cela, mais personne ne se conforme à cette réalité et le Sage dit : “ L'esprit du sol reçoit toutes les ordures du pays et devient le seigneur des moissons “ Ainsi celui qui accepte les refus devient le maître de l'empire*. Car le faux paraît vrai et le vrai paraît faux.

* L'acceptation, le lâcher-prise, le détachement amène à la Maîtrise des fluctuations du mental.(voir le Yogasûtra)


79.


Même apaisée, une grave querelle laisse une rancune. Que peut-on faire suivant les préceptes du tao* ? Le Sage accepte ce qu'on lui donne et ne réclame rien d'autre. Il honore ses engagements et n'en veut pas plus. L'homme qui ne connait pas le tao veut s'approprier le maximum. La voie du ciel ** comble de biens l'homme de bien.

* La voie spiritualle, pas le Tao principe immanent.
** La voie du ciel , soit la Grâce et la guidance dans la pratique.


80.


Si je gouvernais un petit royaume avec peu d'habitants, je leur défendrais d'utiliser leurs armes. Le peuple devrait considérer la mort comme redoutable et rester dans le pays de ses ancêtres. Bien qu'ayant bateaux et chars, il ne s'en servirait pas pour guerroyer loin de ses frontières. Bien qu'ayant armes et cuirasses, il les laisserait dans leurs caches. Il compterait jours et années avec des cordelettes comme dans le passé.

Il trouverait savoureuse sa nourriture, beaux ses vêtements, agréable sa maison, pleines de douceur ses coutumes ancestrales. Il considérerait avec joie les hommes du pays voisin. Il entendrait chanter leurs coqs et aboyer leurs chiens. Il vivrait au rythme des saisons, et mourrait de vieillesse sans avoir connu le pays voisin sinon pour partager.


81.


Les paroles vraies ne sont pas toujours agréables, les paroles agréables ne sont pas toujours vraies. La Vérité n’argumente pas. Les arguments ne sont que vaines paroles. L'ignorant croit tous savoir. Le sage pense qu'il ne sait rien. Le Sage ne garde rien pour lui. Plus il donne aux autres, plus il s'enrichit et il possède un trésor précieux : ce qu'il a donné aux autres. Ayant tout donné, tout lui est rendu au centuple. La voie du ciel est d'agir sans demander, d'obtenir sans lutter, de s'enrichir en donnant. Telle est la voie du ciel. Le tao.